Une douleur au tendon ? Une tension à l'ischio ? Une gêne au genou ? C'est ce qui arrive parfois quand l'intensité d'entraînement est élevée, quand le volume est important, quand la fatigue s'accumule, quand on manque de récupération, quand on enchaîne trop de courses à pied, quand… quand… quand ! C'est toute la question : Quand la blessure s'amorce-t-elle ? Peut-on la prévoir ? Éléments de réponse.


 

Les emplois du temps d'athlètes élites ou amateurs s'avèrent de plus en plus congestionnés en demandes sportives et personnelles…

  •  …accroissant les "temps forts" d'activité, et limitant les "temps faibles",
  •  …poussant les volumes et intensités d'entraînement à leurs limites,
  •  …sacralisant la recherche de gains marginaux (eg. nutrition, environnement, psychologie, entraînements croisés).

Or, un cumul important de demandes déséquilibre la balance "charge/récupération" de l'athlète.

  •  Un déséquilibre temporaire de cette balance a un impact favorable sur le potentiel de performance, mais un déséquilibre prolongé conduit l'organisme vers un continuum de réponses négatives au stress.
  • Il est difficile de situer l'athlète fatigué sur ce continuum car de larges variations inter- et intra-individuelles (métaboliques, hormonales, psychologiques…) existent dans la survenue et dans la vitesse de développement de ce déséquilibre.
  • Malgré ces variations, la blessure/maladie reste une réponse récurrente à l'état de fatigue prolongé.
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Aujourd'hui, aucun outil ne peut permettre à lui seul de prédire la survenue d'une blessure / maladie, car un décalage existe souvent entre…

  •  … la charge d'entraînement prescrite par le coach et celle effectivement effectuée par l'athlète ;
  • … l'impact psycho/physio désiré par le coach et celui effectivement développé par l'athlète pendant l'entraînement.

À ce titre, les échelles subjectives de suivi de charge semblent des indices pertinents de prédiction de la blessure, en particulier les niveaux de : stress extra-sportif, fatigue, récupération, bien-être, vigueur/motivation. De façon complémentaire, à l'échelle de la séance d'entraînement, la charge est couramment quantifiée comme un croisement d'indices objectif et subjectif : durée x RPE (exemple : 120min x 2/10 = 240 unités).

La blessure : un événement ou un processus ?

Les blessures sont généralement diagnostiquées lors de leur survenue soudaine. Pour autant, un cumul "chronique" de charges conduit aussi au développement silencieux des facteurs de blessure (eg. moindre capacité des tissus à encaisser la charge). Dans cette perspective, les blessures "aigües" et "chroniques" représentent un problème d'ampleur similaire !

En plus de toucher les tissus (ce qui est typique de la blessure "aiguë"), la blessure "chronique" se manifeste aussi à l'échelle comportementale :

  •  Tissu : tendinopathie, fracture de fatigue, douleurs articulaires, rupture ligamentaire… sous l'effet d'un manque de temps de réparation ;
  •  Comportement : qualités de prise de décision, de contrôle moteur, de production de force, de vitesse de contraction, d'intégration de feedbacks, d'équilibration… sous l'effet d'une altération du traitement de l'information par le cerveau.
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La blessure : de l'absolu ou du relatif ?

Ce n'est pas l'intensité de la charge d'entraînement brute qui est problématique, c'est la vitesse à laquelle cette charge est intégrée dans le programme d'entraînement. En effet, l'augmentation de la charge d'entraînement absolue n'est pas synonyme d'élévation du risque de blessure. Au contraire, elle peut même avoir un effet protecteur ! 

En revanche, l'athlète se retrouve dans une position à risque en cas de hausse abrupte de la fréquence / de l'intensité / du volume d'entraînement d'une semaine sur l'autre. Ce risque peut être appréhendé par le ratio "charge aiguë/charge chronique" : si la dernière semaine d'entraînement (charge 'aigue') présente une charge très supérieure à la moyenne des quatre dernières semaines (charge 'chronique'), le risque de blessure est effectif. Cette propension à la blessure est interprétée comme un niveau de condition physique (charge "chronique") insuffisant pour encaisser le niveau de contraintes ponctuelles (charge "aigue"). 

En chiffres : le risque de blessure reste faible (<10%) si le ratio charge aiguë/chronique reste compris entre 0.8 et 1.3. À l'inverse, lorsque ce ratio excède 1.5 (ie. si la charge récente est 1.5 fois supérieure à la charge des 4 semaines précédentes), le risque de blessure est plus que doublé. De plus, Il existe un risque "résiduel" de blessure : un ratio "charge aiguë/charge chronique" >1.5 multiplie le risque de blessure entre 2 et 4 dans la semaine post-surcharge. Ce risque s'estompe ensuite mais reste présent jusqu'à 1 mois !


Dans la perspective d'un ratio optimal entre "charge aigüe" et "charge chronique", plusieurs facteurs sont susceptibles de faire pencher la balance : 

  • Différents traits et états psychologiques augmentent la charge (anxiété, stratégies mentales inefficaces, croyances erronées, stress sportif et extra-sportif, ennuis quotidiens), sous l'effet d'une plus grande distraction / réduction du traitement de l'information ;
  • La récurrence des blessures observée en compétition (charge "aiguë") suggérerait un manque de condition physique /préparation mentale des athlètes en phase précompétitive (charge "chronique") ;
  • La quantification de la charge par la répartition en zones d'intensité d'exercice (eg. puissance à vélo, fréquence cardiaque) amène à des résultats très différents d'une quantification par le produit "durée x RPE". Cela souligne l'intérêt de prendre en compte des variables fonctionnelles, puis de ne pas s'en écarter sous prétexte de vouloir cumuler les indices d'observation ;
  • Bien que les déplacements pour la compétition s'accompagnent de jet-lag et d'une fatigue perçue importante, aucun lien avec le risque de blessure n'a été établi.

La relation entre "charge" et "blessure" demande encore à être affinée. Par exemple, 2 séances différentes (120min avec RPE 2/10 vs. 30min avec RPE 8/10) génèrent la même charge d'entraînement, mais supposent des incidences physio/traumatiques différentes. L'objectif, alors, reste de configurer l'entraînement de sorte à maximiser les adaptations et minimiser le risque de blessure.

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Pour aller plus loin : Soligard al. BJSM 2016 ; Sanders al. IJSPP 2017