Les blessures (et leurs séquelles) peuvent constituer des compagnons de route. Les rappels émotionnels des anciennes blessures, le non-retour à la performance, etc. peuvent même représenter des raisons d’arrêt de la pratique... Heureusement, les tenants et aboutissants du processus de blessure sont de mieux en mieux identifiés, et si les facteurs de ce processus ont historiquement été appréhendés via un filtre physiologique ou biomécanique, la dynamique a évolué. Aujourd'hui, l’analyse des facteurs psychosociaux entre en jeu. 

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Du point de vue psychosocial, le risque de blessure est clairement déterminé par la réponse de stress de l’athlète à ses changements environnants (eg. apprendre une donnée nouvelle), elle-même déterminée par l’intensité et la durée de ce stress. Schématiquement, on peut représenter cette réponse sous la forme d’un U-inversé : une légère dose de stress (peu long et/ou peu intense) a un impact positif sur l’organisme (car ce dernier est stimulé par la libération d’hormones), mais une dose importante devient délétère. Pour quelle raison ?

En situation de stress, les processus de traitement de l’information deviennent altérés (eg. vision périphérique réduite, mémoire de travail défaillante) par l'incidence affective du stimulus d'intérêt - intérêt porté contre son gré. Autrement dit, on n'est plus du tout rationnel. Surmonter cette charge affective et parvenir à se tempérer requièrent alors un effort surdimensionné : cet effort correspond à notre souci d'inhiber la menace perçue et ses effets. La conséquence sur notre comportement, c'est que l'on agit finalement par réflexe, au coup par coup sans davantage de planification sur nos activités ; notre énergie est concentrée/consumée par la menace et le mode "automatique" devient un fonctionnement économique pour traiter les autres informations de l’organisme et/ou de l’environnement. 

Avec cette perspective neurocognitive en tête, certains facteurs ont logiquement été identifiés pour peser plus que d’autres dans la balance et prédire la survenue d’une blessure :

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Une hypothèse mécanistique fonde cette perspective : les situations de stress sont reconnues pour activer les régions cérébrales de régulation de la peur (eg. l’amygdale) dont la stimulation est connue pour inhiber les centres de l’attention (eg. le cortex préfrontal). À termes, c’est donc la baisse du niveau de vigilance et la qualité d'interprétation de l’athlète qui en pâtissent. La suite, on la connait… 

Dans la logique neurocognitive, le détournement attentionnel associé aux résidus de peur peut expliquer pourquoi les individus antérieurement blessés ou régulièrement soumis au stress demeurent les individus les plus « à risque ». En effet, moins les athlètes ont de frein à pouvoir être focus, moins ils ont de risque de se blesser. À noter que de tels mécanismes d'inhibition ont un effet additionnel : le stress chronique biaise les processus de décision vers des comportements d’ « habitudes », sur la base d’une atrophie des régions frontales du cerveau !!


La décadence liée à l’impact du stress psychosocial fonctionne par étapes. Si cela peut être rassurant car on pourrait voir venir cette décadence, on se trouve malheureusement déjà bien entamé(e) lorsque l’on en prend conscience. En effet, les écarts de vigilance sont d’abord discrets/ anodins avant de s’installer sous la forme d’une impression de perte de moyens. Ainsi, alors qu’aucun changement n’est encore opéré dans les faits, une vigilance est à conserver à l’égard des périodes de stress potentiel eg. lorsque l’enjeu est grand et peut masquer les symptômes de fatigue mentale.

Les études démontrent que les stratégies de coping (ou de gestion du stress) ont un impact important et positif dans la relation entre ‘réponse au stress' et 'survenue de la blessure’. Autrement dit, plus on est compétent en ‘gestion de soi’, plus on a de billes pour court-circuiter les incertitudes et les effets d'une situation perçue comme menaçante. Les altérations cérébrales fonctionnelles et structurelles liées au stress sont donc réversibles !

Cet impact est particulièrement évident chez les individus « à risque », ce qui suggère une relation de dose-réponse (« je suis à risque, donc je réponds mieux aux stratégies de coping »). Cette observation affiche aussi tout l’intérêt d’une mise en place précoce du coping chez des individus a priori moins exposés (ie. moins familiers au stress).

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À moyen-terme, les stratégies de coping sont comportementales. Elles visent à renforcer notre capacité à répondre au stress en « prenant soin de soi » via :

  • Une élévation du niveau de ressources disponibles (aspect quantitatif), où l’important sera de préserver son énergie : programmer des ‘vrais’ temps faibles dédiés à la récupération, prévoir et organiser les futures périodes de stress, gagner en flexibilité.
  • Un apprentissage de la connaissance de soi (aspect qualitatif) : chercher à repérer les facteurs de stress personnels (eg. attentes d’autrui, pression du partenaire, peur de l’échec) et se réapproprier la tâche (recentrer ses sources de motivation). 

À court-terme, les stratégies de coping sont surtout cognitives (car la relaxation/ventilation sont parfois difficiles à implémenter selon le contexte). La « pleine conscience » entre alors dans ce cadre. Elle consiste à porter son attention dans l’ici et maintenant pour reconnaitre que l’on peut être dans un état inconfortable, mais que l’on accepte cet état sans le fuir, le combattre ou y succomber, pour pouvoir se reconcentrer sur les éléments pertinents. Derrière cette méthode, l’idée est de ne pas gaspiller son énergie à inhiber/camoufler un problème, mais à rétablir un focus sur les outils de la performance. En d’autres termes, un stimulus qui pourrait représenter une menace devient insignifiant ou source de défi. 

D’autres techniques à entraîner : l’autosuggestion (encourageante et bienveillante), l’attribution causale (ce que je peux contrôler, et ce sur quoi je dois lâcher prise), les routines de concentration (ne pas se disperser).


Parmi les causes de blessure, une valence psychologique est donc évidente, et peut faire pencher la balance. Pour faire pencher cette balance du du bon côté, les stratégies de coping constituent une aide si elles sont maitrisées et appropriées. Malgré ce travail, on ne reste pour autant pas à l’abri, et quelques mémos peuvent être de bons rappels : « Le jeu en vaut-il la chandelle ? » « À chaque jour suffit sa peine » ou « Connais-toi toi-même ». 

Pour aller plus loin : Ivarsson et al. 2016 ; Soares et al. 2012